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Réinventons le collectif



Développement durable, pauvreté, épidémies et pandémies, éducation pour tous, changement climatique, accès à l’eau, … Tant de problèmes si complexes ! Et si… Et si le plus gros problème n’était pas là ? Et s’il était plutôt notre capacité à nous organiser collectivement pour résoudre tous ces problèmes si complexes ? En voilà un beau défi pour le 21ème siècle ! Un défi à la fois pleinement personnel et pleinement politique.

Souvenons-nous des grands mouvements collectifs du 20ème siècle : manifestations, pétitions, grèves, … Ces formes traditionnelles de solidarité n’existent pratiquement plus à l’heure actuelle. L’individualisme est tellement poussé que le lien social s’effiloche et que l’on est en droit de se demander s’il existe encore une conscience collective. En même temps, de plus en plus de gens délaissent leur voiture au profit du vélo, optent pour un habitat groupé, épargnent éthique, achètent bio et équitable, cultivent leurs légumes, compostent, recyclent et réemploient, se soignent par les plantes et méditent, … Qu’est-ce qui les anime donc ? Les enquêtes menées sur les Créatifs culturels (1), comme on appelle ces personnes aux Etats-Unis et en France, montrent que si elles sont des millions au total, elles agissent de manière isolée, cherchant à réconcilier leur propre mode de vie avec leurs valeurs. Elles ne se revendiquent d’aucun mouvement, ne font pas de bruit et pourtant elles sont en train de révolutionner notre ère. Les médias, fonctionnant sur la confrontation de positions, sont bien incapables de relayer cette force de proposition qui fonctionne au « pour » plutôt qu’au « contre ». Et nos institutions, à court de pensée globale et engluées dans le court terme, ne se rendent compte de rien !

Fertilisation croisée pour un agir global

Depuis des décennies, nous avons appris à penser le monde de manière cloisonnée, en pièces détachées. Or, aujourd’hui, la complexité des problèmes auxquels nous sommes confrontés nous impose d’apprendre et de mettre en œuvre une pensée qui soit, elle aussi, davantage multidimensionnelle, contextualisée et complexe. Nous ne pouvons plus appliquer les grilles de lecture linéaires, analytiques, sectorielles du 19ème et du 20ème siècles !

Reflet du 20ème siècle qui l’a vu naître, notre paysage associatif est aujourd’hui encore lui aussi cloisonné. Les enjeux sont saucissonnés en approches sectorielles répondant à des intérêts différents, voire divergents. Dans ce contexte, les solutions avancées par les uns risquent bien de participer au problème des autres. Ainsi, une approche environnementale trop cloisonnée sur ses propres enjeux pourrait par exemple valoriser une filière d’agrocarburants au détriment des droits d’accès des plus pauvres aux ressources en eau et à une alimentation suffisante et souveraine et au préjudice des petits producteurs locaux. A contrario, une approche équitable menant à l’importation de produits lointains contredit quant à elle l’approche environnementale qui vise à réduire l’empreinte écologique.

Fertiliser ses enjeux, ses agendas, ses terrains d’action par ceux des autres secteurs associatifs participe aujourd’hui de l’intelligence associative. Les responsables associatifs en sont bien conscients et développent d’ailleurs depuis quelques années des projets inter-associatifs. La campagne « Ca passe par », lancée depuis 2006, rassemble dans son partenariat les sensibilités environnementale, développement, finance éthique, économie sociale, droits des travailleurs, consommation responsable, … Un autre exemple est la Coalition climat, lancée en 2007, qui regroupe aujourd’hui plus de 70 organisations actives en Belgique.

Développer cette intelligence multidimensionnelle, au-delà des enjeux et intérêts sectoriels, est l’un des enjeux qu’une trentaine d’associations de secteurs différents mettent depuis deux à trois ans dans l’émergence d’une plateforme inter-associative « Associations 21 pour un développement durable ».

« Soyons l’humanité que nous voulons »

Depuis des décennies, nous avons également appris à séparer la sphère personnelle de la sphère publique. Ainsi, la question humaine est-elle systématiquement renvoyée à la sphère personnelle, privée. Or, miser sur l’humain n’est pas une question personnelle mais bien une question structurelle et donc politique. On ne peut pas, en effet, imaginer une transformation collective de nos sociétés sans une transformation conjointe et cohérente des personnes. Comme le dit Morin, reste à savoir comment combiner la voie extérieure, celle de la transformation de nos organisations, et la voie intérieure, si peu reconnue actuellement, qui est celle de la transformation de nos esprits, de nos éthiques et de nos âmes. Nous n’en sommes qu’au balbutiement.

Anne Versailles - 02/2008



(1)
L’émergence des Créatifs culturels, enquête sur les acteurs d’un changement de société, Paul H. Ray, Sherry Ruth Anderson, éditions Yves Michel, 2001
Les Créatifs culturels en France, Association pour la Biodiversité culturelle, éditions Yves Michel, 2007