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In or Out the box ?



Crise financière, crise bancaire mais aussi crise environnementale, crise sociale… Comment en sortir ? Faut-il continuer à faire encore un peu plus de la même chose ? A rafistoler le vieux système déjà mort ? Ou sortir du cadre mortifère qui nous emprisonne et nous empêche d’évoluer ?
Comme le soulignait Einstein, « les problèmes qui existent dans le monde d’aujourd’hui ne peuvent être résolus avec le niveau de pensée qui les a créés ».

Il convient donc de sortir du cadre et de la logique qui, au 19ème siècle, ont prévalu au développement d’un système uniquement justifié par la recherche du seul profit financier et qui l’enferment aujourd’hui dans leurs propres limites intrinsèques. Gageons aussi que la présente crise financière qui nous coûte si cher aujourd’hui ne fait que préfigurer ce qui nous attend quand l’humanité se heurtera de plein fouet aux limites écologiques (car en effet la crise provoquée ou aggravée par la crise financière est une crise systémique).



In the box


Réfléchir à l’aide des grilles d’analyse du système que l’on entend dépasser empêche de le dépasser. En effet, nous restons prisonnier de ses contenants. Quels sont-ils ?

1. Nous sommes prisonniers des codes et architectures de l’intelligence collective pyramidale :


− La division du travail (task oriented) et de l’accès à l’information qui fait que chacun n’a qu’une vue partielle de l’ensemble du système
− L’autorité descendante, formellement légitimée, distribuée dans la hiérarchie selon des canaux de commandements formels, qui fait que la prise de décision se fait de manière centralisée mais sur des boucles de responsabilité très souvent ouvertes et au prix d’une très forte coordination entre les parties
− La rareté des ressources (entretenue, voire artificiellement créée)
− La standardisation, la normalisation permettant des économies d’échelle et un gain de productivité au prix d’une perte de la diversité
− La séparation de l’être et du faire qui conduit à ne plus voir de réalité que dans le « faire » avec une perte de la conscience de son corps, de ses émotions source de mal-être et de maladies
Tout est mis en œuvre pour équilibrer les fluctuations et les déficiences de productivité, de manière à créer un monde hyper-prédictible mais du coup très peu adaptatif.


2. Nous sommes prisonniers d’un système de croyances parmi lesquelles :


« Il n’y a pas de limite à la croissance »
« Plus on crée de la richesse, plus elle profite à l’ensemble de la communauté par ruissellement »
« Le capitalisme libéral est la panacée universelle ; il n’y a pas d’autre alternative valable »
« Il n’y a pas assez pour tout le monde »
« La croissance est la seule voie de développement et de bonheur »


3. Nous sommes prisonniers de notre fonctionnement cérébral qui n’assume pas la complexité du réel et qui par exemple nie :

− qu’on vit dans un monde fini (l’overshoot day, le jour où l’on dépasse en consommation la production annuelle de la Terre, recule par exemple de plus en plus dans l’année)
− la crise écologique (voir par exemple que le sauvetage du climat passe après le sauvetage des banques) ;
− la crise climatique (sur la base empirique notamment qu’il y a toujours eu des alternances entre périodes plus froides et plus chaudes).
Ce fonctionnement cérébral fondé sur des croyances, le déni de la réalité, le « business as usual », le déterminisme, la dichotomie, la réflexion linéaire est source de peurs, decolères ou de paralysie, bref de mal-être et de rapports de force.


4. En conclusion, nous sommes prisonniers des règles du jeu que nous avons nous-même définies de manière arbitraire et conventionnelle, celles notamment du jeu économique et de la finance :

− le système monétaire comme seul outil transactionnel
− le profit financier comme seule mesure de la richesse
− le PIB comme seule mesure du développement. Une mesure qui ne fait pas la différence entre les activités destructrices et constructives.
− la définition des règles appartenant au seul domaine public alors que la création de monnaie est aujourd’hui aux mains de banques privées
− la quantité d’argent et de biens comme principal repère social de la qualité de vie

Si les contenants qui ont présidé à la définition de ces règles du jeu économique et financier étaient bel et bien adaptés au contexte du monde de l’époque, ils ne sont plus d’actualité aujourd’hui. Nous vivons en effet aujourd’hui dans un monde d’abondance mais restons néanmoins prisonniers de cette croyance tenace et tyrannique qu’il n’y a pas assez pour tous. Cette conscience de la pénurie régit et organise encore aujourd’hui tout le système autour de la peur de manquer et, pour y faire face, autour des économies d’échelle, de la maîtrise et de la prédictibilité, des rapports de force et de la recherche de profits à court terme à amasser. La question centrale reste aujourd’hui encore celle de savoir « comment assurer les meilleures conditions de survie au plus grand nombre d’êtres humains ? ». Et en réponse s’imposent encore les principes de production maximale et de Darwinisme économique, au détriment de la diversité (biologique, culturelle, linguistique, etc.) et de l’adaptabilité.



Out the box


Si nous admettions une conscience d’abondance, dans un monde d’abondance, qu’est-ce que cela pourrait changer ?

La peur se muerait d’abord en confiance. Et la question centrale deviendrait celle de savoir « comment satisfaire l’ensemble des besoins des 6 milliards d’humains dans le respect des écosystèmes et équilibres naturels ? ». Les principes qui guideront la réponse seront ceux de l’interdépendance, de la souveraineté et du bien commun. Quels seraient alors les contenants qui permettraient de changer notre rapport au pouvoir et à la richesse (et à l’argent) ?

1. Ceux de l’intelligence collective globale et dont les caractéristiques sont :


− l’holoptisme que permet à nouveau les technologies de la communication et qui permet à chacun de devenir acteur et conscient de soi par rapport au tout
− le polymorphisme, garant d’un maintien de la diversité et de l’adaptabilité
− l’économie de la réciprocité qui replace la valeur des échanges à l’intérieur même des relations entre acteurs et favorise donc la responsabilisation consciente (la sagesse ?)
− la distribution des relations (réseaux distribués)
− l’apprentissage mutuel
− l’inclusivité ou l’adhésion volontaire et l’enthousiasme
− l’articulation entre transformation personnelle, sociale et structurelle


2. Ceux de l’humain ouvert à son intuition,

curieux, ouvert à la réalité des choses, nuancé, distancié, qui cherche à comprendre et à répondre de manière congruente avec le désir de trouver sa place dans une histoire qui fasse sens.

Dans ces contenants peut alors se définir une logique de production basée sur la durabilité et :
− une économie en réseau (par opposition à pyramidale)
− l’économie positive (qui génère plus qu’elle ne consomme) ;
− l’utilisation de l’énergie renouvelable ;
− la circulation en circuits courts ;
− une efficience de facteur 10 (voire plus) ;
− des modèles de production bio-éco-systémiques dans lesquels les déchets sont produits à un taux inférieur à celui de leur absorption

Des exemples de nouveaux territoires répondant à cette logique existent et une nouvelle manière d’être au monde s’y développe. Il nous faut apprendre à les repérer. Sur le plan financier, citons notamment le développement des monnaies complémentaires, des Systèmes d’Echanges Locaux, de l’openmoney, …


Aménager la transition

« Se contenter de défendre le vieux, à quoi cela peut-il nous avancer » disait Alessandro Baricco (dans Next). Et que valent nos valeurs si elles sont exprimées en mode automatique, naturellement intolérant et associé au stress ?

« Ensuite, l’Humanité n’a pas beaucoup de choix. Si elle veut survivre,
elle est obligée de changer de niveau de réflexion et de paradigme. Car il devient de plus en plus clair pour un nombre croissant d’observateurs que nous ne pourrons pas en sortir avec notre manière actuelle de raisonner. On sent la nécessité de changer de niveau de réflexion, quelque soit le nom que l’on donne à ce nouveau niveau. »

La question qui se pose alors est de savoir comment accompagner la fin d’un monde sans qu’il s’agisse de la fin du monde ? Comment faire émerger le neuf tout en se protégeant des «monstres» à commencer par les nôtres ? Comment rêver grand, en dehors de l’imaginaire des chefs d’entreprises, des banquiers et des économistes ?